jeudi 13 janvier 2011

Trucs et astuces

Il est temps que je vous fasse profiter d’une autre de mes compétences, durement acquise après 10 longs mois de présence en qualité d’assistante dans une société que je ne peux hélas citer ici, mais dont le seul nom et activité, croyez moi sur parole, écrite, justifierait cet article.

C’était l’époque affreuse où mes fils avaient besoin de leur maman la nuit, à la sortie d’école, les jours fériés, pour des bisous, des câlins, des repas préparés avec soin et diététique. Nous n’en étions pas à ce stade où deux adolescents estiment qu’un bisou furtif sur la joue suffit à combler mon vide affectif (ça va, je sais, je leur ai expliqué comment présenter les choses à leur futur psy), où ils savent se nourrir, se gèrent comme ils disent…
C’était l’époque honnie où je fréquentais d’autres collègues que des sages femmes connues pour leur grande douceur, leur parfaite bienveillance, leur totale abnégation, toutes ces exceptionnelles qualités de cœur… indispensables à l’exercice de ma profession.

C’était l’époque amusante où je répondais à des offres de postes plus rémunérateurs que le précédent, bluffant, ignorant totalement ce qu’on attendait de moi, comprenant à peine l’intitulé de la fonction, me concentrant sur la case salaire.
Oui j’étais crédible alors (nécessité fait loi et mes talents de comédienne s’avéraient césarisables) vénale, croyez moi je fus bien punie.

J’étais donc assistante import dans une société d’import, donc. Je vous expliquerais volontiers combien c’était inconscient de la part du patron de me confier la responsabilité du voyage de  tant de containers, remplis de marchandises à la facture si onéreuse, à travers le globe, à moi qui n’ai aucune maîtrise de la géographie, des chiffres et si peu de pratique de l’anglais version pakistanais ou chinois. Je ne peux pas, ce n’est pas le sujet de mon article.

Jamais je n’ai eu à subir autant d’ostracisme (oui je fais exprès) au quotidien. Il m’était reproché en vrac, une religion différente, un vocabulaire précieux (n’importe quoi), des tenues pas assez courtes, pourtant…, et une totale désinvolture en salle de réunion devant chaque découverte de nouveau gadget from China qui allait révolutionner les cours de récréation et augmenter grandement le volume de la poche gauche arrière du patron.

C’est en effet dans cette poche qu’il conservait la liasse de billets de 500 euros qui lui permettait de passer des nuits sereines sur des tables de poker et de nous payer un quart de notre salaire. Ha bon, ce n’est pas légal ? C’est ça ou rien, d’accord alors.
La droite renfermait le briquet Dupont, c’est si chic, avec lequel il rallumait sans cesse son cigare. Dans l’histoire du cigare et les fameux tiers, j’ai surtout retenu le troisième, le purin, il se gardait le deuxième, le divin, et sa secrétaire bête à en manger, conservait le premier, le foin.

Mais je m’égare.

Mes trucs et astuces donc, pour pourrir la vie de vos collègues de bureau….
N’oubliez pas mon principe, tout ce que j’écris est authentique.


Une petite chose toute simple :
La machine à café, ouvrez là, enlevez la cartouche de sucre. Jetez là discrètement. Vous verrez qu’il faut en moyenne 10 cafés, parfois de la même personne, avec temps d’attente refroidissement, touillage inutile, tentatives multiples avec j’appuie plus fort sur le bouton sucré, pour qu’un caféinomane  plus cortiqué que les autres ne vérifie la cartouche sucre ou même ne pense à ajouter du sucre en poudre.
Moi ça m’est égal, je le prends sans sucre, disais-je.
Surtout ne pas sourire.

Deuxième chose facile.
Se rendre aux toilettes avec son sac à mains, celui de la période « it bag de saison taille xxl », ne pas oublier de prendre l’air gêné de la fille qui a ses périodes (ses trucs, les anglais, des métrorragies abondantes, ses règles en bref) pour justifier l’embarquement du dit sac aux toilettes. Demander avant à la cantonade « quelqu’un aurait un spasfon ? » aide à la crédibilité de la scène. Et là, voler tout le stock de papier toilettes. Passer le reste de la journée à ne pas sourire devant la quête des collègues, prêts à tout pour le don d’un kleenex.
Evidence, ne pas en proposer, mais en tournicoter un entre ses doigts, éternuer dedans, en ajoutant « oups c’est mon dernier, tu le veux quand même ? »

Un truc à décliner.
Dans la dite société, la fourniture essentielle était l’agrafe, pour agrafer donc les règlements aux factures, les commandes au relevé du commercial, les photos aux fiches produits, tout tout tout devait être agrafé à quelque chose. Mon pouce et index droit ont conservé longtemps un peu de corne aux endroits d’appui, Nuxe, Mixa, Homéoplasmine ont mis tous leurs principes actifs pour éliminer cette incongruité physique.
Jeter le stock d’agrafes, trop simple mais à faire, se tromper dans la commande de réassort, plus mieux ! J’ai paralysé le service commercial pendant 3 jours. Il faut savoir que j’avais été en charge du comparatif et appel d’offres de fournitures de bureau, oui il y a des acheteurs qui sont prêts à changer de fournisseurs pour des agrafes par 5000, taille 26/6 à 0,02 centimes moins chers.
Déclinez donc selon la fourniture essentielle.
Profitez des trois jours de plainte et des conversations autour de la machine à café.


Tiens justement, la machine à café, temple des conversations sur la météo et le programme télévisuel essentiellement avec des chiffres 1 et 6. Les chaînes les plus regardées des français.
Il vous faudra un peu de recherches internet, mais vous êtes comme moi, vous ne regardez pas les dites chaînes, vous avez un peu de temps libre le soir pour vous rendre sur certains sites.
A la question : « t’as vu la finale de la nouvelle star », répondre, « non je l’ai ratée bêtement j’étais au Palais Garnier, reprise du Don Quichotte de Noureev, c’est ballot »
A la réplique « l’avait dit à la météo qu’il ferait froid » répondre « pas vu j’étais au vernissage de l’exposition Kieffer au Grand Palais, c’était beau, j’ai croisé Marek Halter, il est abordable en plus ».
A l’affirmation « l’est trop beau Gad Elmaleh dans chouchou » répondre « ha oui mon voisin du quatrième étage » (si c’est vrai, j’aurais du garder une photo de sa boîte aux lettres, bien que mon arrivée dans l’immeuble ait eu lieu deux ans après son déménagement).
Après ça, personne ne vous impose la platitude affligeante de ses conversations.
Appréciez ce silence.

Un peu de technicité.
Le standard téléphonique. Choisir la moins gentille de vos collègues, mais si il y en a une, c’est évident. Attendre qu’elle se rende aux toilettes, qu’elle tente de trouver des agrafes ou de boire son café sans sucre. Si vous suivez bien mes conseils, c’est aisé.
Faire la petite manipulation toute simple mais que personne ne maîtrise qui bascule chaque appel sur un poste vers la boite vocale correspondante. Attendre le moment délectable où le Monsieur à la poche gauche gonflée ne se décide à traverser le long couloir qui mène des petites gens au bureau en mélaminé à celui qui les sous paye au bureau en marbre, pour hurler, qu’il ne parvient pas à la joindre.
Si possible ajoutez d’un air détaché, moi non plus je ne parvenais pas à te joindre !

Toujours plus technique.
Et c’est là que réellement on peut mesurer combien nos contemporains, les miens à cette époque là avec certitude, manquent de sens pratique, d’astuces, et comme je suis pourvue d’espièglerie. (c’est la vie de .…..) (je ne peux m’en empêcher, dès que j’entends espièglerie je me Candy ise).
Le croyez vous, il suffit de débrancher un câble, un seul, celui qui est proche du tableau électrique en général, dans un local technique parfois, ou pas, il suffit de débrancher le câble fournisseur de l’accès internet, intranet, réseau, pour affoler toute la société.
Et là, c’est jubilatoire.
La secrétaire, pas celle qui cherche encore la manipulation pour annuler le transfert d’appel vers sa boîte vocale allant même jusqu’à s’appeler elle-même avec son téléphone portable, non pas celle là, celle qui profite du foin, doublement, convoque d’urgence le responsable informatique qui est consultant, donc prestataire, donc pas disponible dans l’immédiat…
Répondre alors de façon systématique, « ben nan ya pas de réseau » à toute question concernant le suivi d’un container, d’un règlement ou de réponse à une annonce d’offre d’emploi de commercial rémunération intéressante si motivé.
A l’arrivée du technicien, admirer le temps nécessaire pour l’identification de la panne.  Lorsqu’après de longs quarts d’heure à s’agiter, tester les cartes réseaux, sortir du matériel de sa petite mallette en faux cuir offert par sa femme à son dernier anniversaire, (non je n’ai pas une image caricaturale de l’informaticien de base)  il ne consente à revisser le câble, négligemment, geste noyé aux milieux d’autres gestes d’expert, lui adresser un petit clin d’œil complice assorti d’un sourire innocent. (air interloqué de l’informaticien)

Mon astuce préférée, parce que si facile, si amusante, si crétine….
Word, Insertion automatique, onglet correction automatique, choisir le « remplacer » , « par ».
Attendre comme d’habitude le fameux moment d’absence de votre collègue préférée numéro 2, pas toujours la pire, elle finira par avoir des soupçons. La deuxième pire donc, la bonne suiveuse, celle qui relaye les méchancetés et autres ragots de la première.

J’avais choisi remplacer « et », un mot si peu usité dans les courriers de qualité littéraire si recherchée, par « ha merde ». C’est très très bête, c’est puéril, c’est surtout si difficile de ne pas se plier de rire devant les effets obtenus, les tentatives de syntaxe désespérée (pas de faute, c’est bien en l’occurrence la syntaxe qui est désespérée) pour remplacer ce « et » et la rumeur de mauvais œil qui parcourt les couloirs en effrayant tout le monde.
Foncez vous enfermer dans les toilettes pour effectuer la petite danse de la victoire, en silence, en pleurant de rire (c’est vous qui détenez le stock de papier).



Les petits trucs faciles, pour rappel malgré tout :
Dérégler les horloges, départs tardifs, précoces, assurés.
Répondre à son portable à une amie complice ou à sa messagerie « New York, à Noêl, j’adooooooore ! »
Apprendre par cœur une phrase en italien, genre « questo è alla moda? » et la citer en réunion devant un nouveau gadget. Se corriger alors d’un pardon, ma troisième langue vivante m’échappe parfois.

Et surtout, surtout un jour rentrer sans frapper dans le bureau au mobilier en marbre, regarder dans les yeux le monsieur à la poche gauche qui gonfle, balayer sa secrétaire d’un regard traversant, et prononcer la phrase suivante avec un sourire charmant :
« Vous, vos grosses, les connes, le boulot inintéressant et mal payé illégalement qui plus est, c’est terminé, je pars de suite, je veux mon solde de tout compte dans dix minutes agrafé à ma feuille de paye, et non je ne ferai pas les semaines de préavis sauf si l’inspection du travail m’y oblige. »
A faire si et seulement si vous avez décroché un autre emploi mieux payé qui permettra de découvrir un nouvel univers, de nouveaux collègues, et d’apprendre d’autres astuces, espiègleries….. c’est la vie de …..



Mon comparatif livreurs

Je sais que vous êtes nombreux à l'attendre, soyez rassurés, mon comparatif des livreurs est enfin prêt !
Pour mémoire et pour les rares de mes amis qui ignoreraient ma vie trépidante malgré mes incessantes conversations téléphoniques et autres babillages.
Les sélectionnés étaient donc :
Darty pour son opus "tiens elle est encore en panne ta machine à laver alors que je suis passé il y a deux mois et que je croyais que la pièce était valide"
Auchan pour son œuvre (oui pour mon fils Pierre la nourriture est une œuvre) voici mes cartons de frais et d'épicerie.
Ikéa, l'étranger du groupe, parce qu'il faut un quota d'étranger et que mes petits bras n'étaient pas assez forts pour prendre tous ces cartons.
J'avais décidé de d'exclure les pompiers, vous savez pourquoi, de toutes façons ils ne m'avaient rien livré et depuis ma petite mise au point je vois bien qu'ils me craignent. Oui, une fille d'1m60 et 48 Kg peut faire peur aux pompiers de Paris.

Donc mon comparatif.
Quand Darty dit venir entre midi et seize heures, ne restez pas coincés 4 heures à attendre, il viendra à seize heures.
Quand Auchan dit venir entre 20h30 et 22h30, idem, prévoyez des restes pour le dîner il viendra à 22h20.
Imaginez donc ma satisfaction, quand Ikéa dit venir entre 7 heures et 10 heures, je me disais que mon café de 10 heures sera délicieux. Erreur, le suédois est à l'heure, très à l'heure, c'est son côté nordique sans doute, le suédois (qui ressemble drôlement à un tunisien comme ses gens que des plateformes téléphoniques qui disent "bonjour c'est Michèle" alors que tu sens bien que c'est Khadija, et à qui je parle en arabe et qui me répond de même avant de finir en éclat de rire), le suédois donc il est là à 7 heures précises. Même si moi à 7 heures précises je ne suis pas toute là, j'ai des bouts restés contre l'oreiller, les yeux, mon célèbre bras gauche et ma vivacité.

La qualité du service.
Auchan et Ikéa ont été parfaits, 3 colis de frais, 4 colis d'épicerie, 1 de surgelés (des croissants des pizzas des framboises pour les rares qui croiraient encore que je nourris mes fils à grand coup de plats surgelés), 6 colis de visses, planches roulettes et notices très très bien faite. Rien ne semble manquer, Auchan a même poussé la gentillesse jusqu'à me faire des cadeaux gratuits, un échantillon de crème anti vergetures (je jure deux choses je n'ai jamais ouvert en petite culotte à un livreur quelconque, et de toutes façons je n'ai PAS de vergetures), ainsi qu'un bloc anti tartre pour les toilettes (pareil personne de chez Auchan ne s'est jamais soulagé chez moi). J'ai tout de même gardé ses présents, mon ex belle mère m'ayant enseigné que ça pouvait toujours faire plaisir lorsqu'elle m'a remis enrubanné un agenda 2010, cette année, qu'elle n'avait pas pu utiliser, offert par son boucher.
Darty lui, en revanche, il vient avec une pièce, il démonte la vieille pièce qui devait tenir des années qu'il avait dit en septembre et là il s'exclame, et voir un vietnamien plus petit que moi, assis sur ma machine à laver avec sa ceinture de force autour de la bedaine s'exclamer est déjà un spectacle en soi (pour ceux qui oseraient penser que j'ai de l'imagination je jure sur ce que j'ai de plus cher, mes cheveux donc, que c'est vrai) il s'exclame, hannnnn c'est pas la bonne pièce!!!!
Les costumes, très important la tenue, je le sais nous autres sages femmes sommes tenues au rose pour bien montrer dans un hôpital que nous sommes de la troupe des cigognes.
Auchan, rouge et blanc dès le camion, rouge et blanc sur le blouson, tout rouge du visage (l'effort sans doute des cartons qu'il empile et porte en sautillant dans l'escalier). Cohérent, rien à dire.
Darty extrêmement décevant, pas la petite musique (ben si comme pour la météo) même pas la camionnette qui gambade, et pas de blouson coordonné, dress code raté.
Ikéa, je suis navrée d'avouer qu'il aurait pu être en tutu anglais (si l'anglais à la différence du tutu français il est un peu plus tombant, comme dans la Bayadère par exemple) en astronaute ou même en Georges Clooney, c'est vous dire, je n'ai pas vu, rapport à mes yeux qui étaient restés sur mon oreiller.
Les phrases cultes...
Auchan, merci Madame et bonne soirée. J'en ai déduis que mes malheureux 3 euros étaient un pourboire correct.
Ikéa, bon ben bon réveil hein ma petite dame et attendez un peu pour le montage....
Darty : han ! pas gueulez Madame, important c'est la santé hein, tant qu'on a la santé tout va bien. (si si il l'a faite)
J'ajouterai cette deuxième phrase de mon nouvel ami Darty lors de son troisième passage avec la bonne pièce (faut gueuler quand même, c'est moche mais ça aide à laver dix jours de linge accumulé) en réponse à ma question, certes idiote, ça va fonctionner maintenant ? Réponse donc : sais pas Madame, c'est Dieu qui décide. Réjouissons nous de cette collaboration entre Darty et l'éternel, quel contrat de confiance !

Voilà chers amis, j'espère que cette petite étude vous sera profitable, n'hésitez pas à l'enrichir de vos expériences, Delphine pourrait par exemple nous expliquer comme dans livrer une baignoire en pierre Balinaise (qui a donc voyagé sans souci de Bali à Montmorency) le plus compliqué du voyage est Montmorency Pontoise...
Je me dois de terminer par mon livreur en or, celui à qui j'ai passé une commande et qui n'a rien raté, ni la pièce, ni le délai, ni la tenue, ni les phrases cultes, Olivier, mon cher ami Olivier qui est allé chercher le rêve de mon fils Paul puisque par paresse je n'avais pas envie de traverser tout Paris pour une guitare Folk de je ne sais plus quelle marque mais qui aurait disent ceux qui savent (des musiciens ça s'appelle) un son exceptionnel.

A bientôt pour d'autres comparatifs, n'hésitez pas à soumettre vos sujets, oui oui je n'ai que ça à faire....

ça m'énerve.....

 Je risque de casser un peu cette image de fille aimante, douce et rigolote parfois véhiculée par de précédents articles chargés de tendresse, mais je me sens en ce dimanche, l’âme à exprimer une de mes vérités…

Avertissement important, il y a un risque, non négligeable, pour qu’à la fin de cette lecture, vous reste en tête une ritournelle bien agaçante. Ceux qui ont résisté à l’espièglerie de Candy ont peut être une chance de s’en sortir indemne, les autres m’en voudront, sans doute, je promets le silence pour mes prochaines parutions.
Le risque : le « ça m’énerve » d’Helmut Fritz.

Pour mes amis qui ne connaissent pas, ceux qui écoutent du Tchaikovsky en mangeant du turbot, ceux qui résident à New York et vont voir Prince en concert, ceux qui écoutent Muse en Live, ceux qui chantent encore en boucle « t’es trop mignon mignon mignon mais gros gros gros » (appréciez alors la variété de mes amis), pour ceux là donc, inutile d’aller écouter sur youtube ce titre mémorable. D’abord parce que la lecture peut se faire sans cette contrainte et ensuite, ce n’est même pas la chanson de l’année 2010 élue par TF1. C’est vous dire.


Mon : « ça m’énerveeeeeeeeeeeeeeeeee »
Mon premier « ça m’énerve de l’année »
C’est le premier mais pas le plus important, tant d’autres, plus importants, suivront, n’en doutez pas. Mais hier, j'ai pris le métro... Alors...



Les provinciaux dans le métro.
Seuls mes amis parisiens, non véhiculés, non bobo avec passe vélib à l’année, une niche donc, comme on dit dans le marketing, vont comprendre. Mais même les niches méritent un article. 
Je demande à mes amis provinciaux, de me pardonner par avance, et de ne pas oublier que je suis aussi une parisienne, donc un modèle de tolérance, d'ouverture d'esprit et de gentillesse, forgés par le paiement d'un loyer indécent pour la surface allouée, la respiration de délicates émanations gazeuses, le récent traumatisme de la neige sur mon trottoir, celle qui paye parfois 1 euros 20 une baguette, celle qui remarque l'arrivée du printemps parce que le fleuriste au coin expose des jonquilles et qui profite en direct de toutes les manifestations syndicales bloquant l'accès à mon domicile avec de jolies chorégraphies de CRS.

Les provinciaux dans le métro, donc.
Vous qui débarquez aux heures de pointe, alors que vous êtes en vacances et que nos monuments, boutiques et autres sites prestigieux vont vous attendre toute la journée. Pour rappel, les musés parisiens, n'ouvrent pas à 8 heures, promis.
Vous qui courrez comme nous alors que personne ne vous attend au musée Grévin puisqu’ils sont tous figés et que le panneau : prochain train dans deux minutes ne ment jamais.
Vous qui vous collez devant la porte par peur de ne pas pouvoir monter nous empêchant ainsi de descendre et nous obligeant à vous bousculer, ce qui vous fait râler.
Vous qui me collez votre sac à dos dans la figure, parce que je suis petite et coincée derrière vous. Les mêmes qui allez vous plaindre après, parce que l'avoir collé sous le nez d'un pick pocket vous fera perdre, non pas votre bouteille d'eau, vos mouchoirs mais bien votre porte feuille et votre appareil photo.
Vous enfin qui montez en groupe, restez collés à la barre centrale et ou qui foncez sur les sièges libres  pour deux stations, je vous pose cette question :

Est-ce vraiment nécessaire, en plus, de nous regarder comme des bêtes curieuses ?
Vous ne le remarquez pas que nous sommes de vraies personnes ?
Vous nous croyez sourds ?
Vous pensez que le parisien qui prend le métro a toujours des écouteurs avec une musique à fond pour nous épargner vos remarques ? (quoique, là, peut être)
Vous jugez vraiment qu’il est indispensable de rester collés devant la porte, que quelqu’un va vouloir vous kidnapper le temps de son voyage ?
Pourquoi annoncer systématiquement la station à venir ? Elle viendra, elle viendra, et le fait d’en annoncer le nom dès le début du tunnel ne fait pas de vous un futur gagnant à Questions pour un champion.
Et pour cette autre niche, faite de provinciaux, supporters de football, qui se rend au stade de France ou pas d’ailleurs, en métro avec ses banderoles (Lens, Lorient, autre ville footballistiquement classée et bien sur… Marseille) vous croyez agréable à nos oreilles votre : Paris, Paris, on t’enc…..

Existe-t-il un manuel du provincial dans le métro dans lequel vous apprenez les phrases suivantes :
«  Mais dis donc ils en font une tête »
« Ho ben on est quand même mieux chez nous hein ! » « hein ? » « ben oui hein ! »
« Mais comment ils font pour faire ça tous les jours ? »
« Comment elle fait pour lire là dedans ? »
« ça pue en plus »
« Touche pas à la barre Jordan, ya des microbes partout »
« On viendra plus, c’est sur »

Et toutes ces petites remarques assorties de différents accents, breton, picard, marseillais ou strasbourgeois. Je ne les identifie pas tous, les accents, mais vous provinciaux,  je vous remarque de suite, et pas seulement pour les affronts et entorses graves commis à l’encontre de la dictature de la mode. Parce que là aussi, il y en aurait à dire, mais je suis une parisienne tolérante.

Alors j’ai envie de vous poser quelques questions :

La première, évidente, si vous êtes si bien chez vous, pourquoi être venu mesurer notre infortune ? Restez chez vous !

Ensuite, lorsque vous vous rendez à votre travail, un mardi de décembre pluvieux par exemple, dans votre voiture puisque vous n’avez pas la chance d’avoir un métro, le faites vous sur une route parsemée de pâquerettes, en écoutant l’hymne à la joie, habillés comme pour un mariage (de province), en dégustant des croissants chauds, racontant des blagounettes à votre passager et vous réjouissants à l’idée d’une journée de labeur ?

Enfin, n’êtes vous pas les mêmes qui râlez contre nous, lorsque nous venons à notre tour envahir vos délicieuses contrées (quelques régions sont exclues de fait, je ne les listerai pas ici, je me fais suffisamment d’ennemis comme ça) ?
N’est pas vous qui pestez contre notre présence dans vos supermarchés dont le chiffre d’affaires explose ?
N’est pas vous qui patientez dans la voiture derrière la mienne sur la route de la plage ?
N’est ce pas vous qui nous louez une partie de vos acquisitions immobilières ?
N’est ce pas vous qui tentez de nous empoisonner avec des spécialités locales avariées, des savons à l’huile d’olive paraffinée chinoise qui n’a jamais vu un noyau ou des crêpes aux coquillages de chez Picard ?


Alors je vous l’accorde, oui nous les parisiens, sommes un peu prétentieux, un peu envahissants, un peu sans gêne, un peu encombrants, un peu trop nombreux sur une période courte.
Oui, nous les parisiens, comme vous dîtes même pour les banlieusards, aimons venir profiter de votre soleil, votre espace, vos plages, votre nature, votre bon air pur.
Oui nous les parisiens avons si mauvaise réputation qu’elle est forcément justifiée, mais s’il vous plaît, lorsque vous prenez mon métro, à minima : taisez vous !
Parce que ça m’énerveeeeeeeeee.
Et promis, alors,  je serais une touriste parisienne dépensant son argent dans vos régions sans faire la fine bouche devant vos différentes arnaques, sans relever vos commentaires désagréables, et peut être même que je viendrais vous voir en juin ou en septembre, pour diluer un peu.

Les parisiens qui me ressemblent, si s, il y en a, j’en connais au moins une, avec qui j’ai souvent évoqué ce douloureux sujet, vont s’étonner de ne pas voir ici être dénoncés les touristes étrangers.
Ces allemands à sandales, même en février, ces Espagnols volubiles, ces Anglais blafards, ces Italiens du Milan AC, ces rares (dans le métro) moyen orientais suréquipés de sacs de boutique de luxe ainsi que ces asiatiques disciplinés, ceux là. Je ne peux pas, il paraît que leur présence dans ma ville est source de bienfaits financiers….

Je demande une trêve…. Et de l’indulgence, pour cet article, surtout aux Corses et aux Bretons du golf de Sables d’or les pins. Oui autant d’indulgence qu’il y a dans notre regard lorsque nous nous croisons…
Ouvrons ensemble l’ère de l’amitié « parisiens du métro & provinciaux du métro », ça m’énerve n’est pas bon pour ce que j’ai…..


Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs


J’ai eu la chance, le bonheur et le privilège il y a quelques jours d’avoir été invitée par l’artiste lui-même, à la dernière parisienne du Lemoine Man Show.
La chance parce que j’ai ri de bon cœur et de bon gout pendant tout le spectacle. Il existe des rires à contre cœur et de mauvais gout, spectateurs de Laurent Gerra, je vous parle.

Le bonheur parce que tout rire qui s’échappe malgré la vie, la mauvaise volonté que je peux y mettre, genre « on va pas me faire rire avec des ficelles faciles », tout rire qui est chargé de la finesse et de l’intelligence de ce qui l’inspire est un bonheur, à prendre.
Le privilège parce que oui, oui vous aurez noté ce « invitée par l’artiste lui-même ».
Je ferais bien volontiers ma désormais célèbre petite danse de la frimeuse, si l’occasion de la rencontre avec le dit artiste n’avait été couverte par la télévision française.
Certains, peu nombreux je l’espère, ont pu mesurer mon incapacité à faire deviner des mots aussi simples que « fils », « préau » ou « tiercé » à ce cher Jean Luc, ce qui me couvrit de ridicule, mais aussi me priva des 50 000 euros gains de la grande finale à laquelle de fait je n’ai pu participer.
Alors que, et là vous jugerez l’étendue de mon opprobre, une fille, du genre qui boit du thé le matin, réside en province et doit prendre le métro avec son petit sac à dos chargé de bouteilles d’eau et de lingettes désinfectantes, une institutrice normande un tantinet pénible, chaussée de souliers blancs à talon bobine (qui ? qui ? en dehors d’une mariée mal conseillée peut porter ça ??), celle là donc, a remporté les 50 000 euros.
Pas avec Jean Luc d’accord, m’épargnant de la croiser au spectacle, et  ce qui fait que je le crains (parce que je suis perverse et j’entretiens ce sentiment) le pauvre Jean Luc ne se sente un petit peu responsable de ma double infortune…

Donc pas de petite danse de frimeuse, de toute façon, là n’était pas mon propos.

Dans ce spectacle, que je ne peux que vivement vous recommander lorsqu’il passera dans votre région ou dont vous devrez impérativement acheter le DVD, une phrase est restée tourner un peu de ma tête.

Sans doute parce que comme le dit le journaliste du Figaro, ou autres je ne certifie pas, de façon si originale, si peu commune, c’est le spectacle de….. de …. La maturité !
Ben oui, passé 40 ans tout ce que tu fais, disque, spectacle, enfant, crise, ride, tout est de la maturité. Je suis donc très mure, si mure, si raisonnable.

Un passage où Jean Luc se plaint d’être appelé Monsieur et d’être vouvoyé dans la rue par une jeune fille et se demande si il y a un comité des jeunes, une commission qui décide de nous faire passer du côté des vieux. Si oui, pourquoi ?

Alors je sais, pour avoir tenté une retranscription face à mes fameux adolescents membre de la sus évoquée congrégation (Pierre m’ayant récemment fait remarquer que les années 80 c’était il y a 30 ans) (n’importe quoi), je sais que même avec un bon texte, je peux faire un flop, un bide. Donc je ne vous rejoue pas le texte, croyez moi sur parole, c’est très drôle.


Ce petit passage ayant tourné dans ma tête, j’ai eu envie de vous expliquer Messieurs, ce que le Mademoiselle et le Madame sont dans nos vies de filles. Vous me suivez hein les filles, à vous aussi ça vous fait ça ? Ne me laissez pas toute seule avec ces mots là !


Le premier Mademoiselle que nous prenons en général vers 8 ans lorsque nous nous rendons courageusement, je regarde à gauche et ou à droite avant de traverser,  à la boulangerie avec le porte monnaie maternel chercher une baguette pas trop cuite s’il vous plait Madame, celui qui est dans la phrase « et voilà Mademoiselle », celui là nous l’adorons.
Je suis une fille, ça se voit malgré mon sous pull orange, les années 70, mon pantalon et mes clarks. Surtout si auparavant, manie des coupes au bol unisexe de cette décennie, on nous décochait un affreux : « et pour le jeune homme ? ».


Foultitude de Mademoiselle nous embarrassent par la suite.

Celui du prof de maths avec cet air d’autant consterné et pervers que la note est basse, qui veut dire Mademoiselle je te souhaite d’être jolie, ne mise pas sur les études.

Celui du gros lourd, toujours accompagné d’une spiritualité du même ordre, Mademoiselle, t’es trop charmante, t’as de beaux yeux, je peux te parler (encore une parenthèse mais tentez le : si vous avez quelque chose d’intelligent à me dire, sobre efficace), tu viens etc etc.

Celui du fonctionnaire qui vous sort un Mademoiselle ? après avoir vu votre date de naissance puisque c’est un passeport que vous lui demandez et qui vous fait ainsi remarquer qu’à cet âge là vous n’êtes toujours pas mariée !

Je dois ajouter le Mademoiselle qu’osent m’annoncer certaines parturientes dégoulinantes de liquide amniotique et contractant soufflant comme le petit chien, mais ça sert à rien ton col est fermé tu en as minimum pour 8 heures, et à qui je réponds pointant du doigt la preuve de la perte de virginité associée autrefois à Mademoiselle, ha non Madame je crois.

Le Mademoiselle que la fréquentation de la vieille noblesse française, il en reste, je vous le raconterai un jour, que l’on se doit toujours de donner au personnel, même si percluse de rhumatismes, dans la maison, depuis deux générations, la bonne c’est Mademoiselle, jamais elle n’aura le titre de Madame. Convenance de baronnie quand tu nous saisis d’effroi !

Le dernier, que je ne connaîtrai pas, non que je doute de vieillir suffisamment mais je n’en ai pas le talent, pas entamé la longue carrière, pas anticipé, le Mademoiselle de Jeanne Moreau. Qu’en dire ? Je ne le sais.

Les mesdemoiselles donc, nous en avons plusieurs.

Le stade Madame.

Le premier, nous l’avons toutes adoré. Le Madame du jour du mariage, ce jour béni du « je suis la barbie du jour », qui nous fait passer du stade de célibataire à l’état civil de femme mariée, donc désirée, accompagnée, responsable, qui avance dans la vie, qui fait tout bien comme on le lui a appris à grand renfort de Disney addictions dès le berceau.
L’euphorie de ce premier Madame est de durée variable, le mien fut sans doute le plus court de l’histoire des mariages, le temps de sortir de la mairie en fait, avec ma crinoline, je ne fais rien à moitié et de mesurer en regardant le Monsieur, l’étendue de mon erreur, je ne fais rien à moitié vous dis je.

Les suivants, lorsque parfois survient un Mademoiselle et que nous tenons à préciser, non Madame, en rapport avec la fierté d’avoir changé de stade (voir plus haut), toujours accompagné d’un petit mouvement de la main gauche, genre salut de Miss France période Geneviève, pour que brille de tous feux l’alliance associée au statut.


Le Madame réjoui brandit comme une annonce de bonheur incommensurable, accompagné celui là d’une main couvrant notre utérus à peine gravide, balancé à un Monsieur qui croyait que notre développement mammaire était promesse de pirouettes sexuelles et non résultat.
Il faut savoir profiter de ce bonheur qui ne tient en général que 6 à 8 semaines, après croyez l’ex gémellaire que je suis, aucun homme tombant sur le volume de ta poitrine et de ton ventre n’osera un Mademoiselle chargé de désir.

Les Mesdames suivants, chacune les vit comme elle le peut, selon son parcours ses attentes, les circonstances et la prononciation (hey M’dame).

Quand tu as les bras chargés de Pampers, de produits ménagers, d’aliments divers au Casino, celui de la caissière est admis.

Quand tu as passé deux heures à te maquiller, t’acider hyaluronique, te push up per, te brusher, mettre en valeur tes restes,  celui du serveur du bar à la mode est insultant.

Quand c’est celui d’un amoureux délicat et un tantinet désuet qui le découpe : Ma Dame, il est poétique, rare, très rare, mais touchant.
Il ne garantit  pas d’heureux jours d’amour courtois et chevaleresques mais comme le disait ce gentleman de Ronsard donc (qu’est ce qu’on lui a fait nous les filles à ce con ?), si vous me croyez, mignonne, tandis que votre âge fleuronne, en sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez votre jeunesse. Autrement dit : « profite tant que ça dure ».

Celui des amis de tes enfants, un peu fayot, genre on sait qu’elle n’est pas commode la mère, on va l’amadouer.
Il fonctionne très bien lorsqu’il est prononcé par une voix muant de mutant envahie de testostérone…
C’est nettement moins efficace quand il pue le gloss glossy glossy, le Cacharel Amor Amor et qu’il sort d’un truc gloussant sur des talons plus hauts que les tiens, remuant ses nombreuses mèches et suivi d’un : il est là Paul, ou Pierre, marche pour les deux.
Je plains les mères susceptibles, suspicieuses et aussi caractérielles que moi qui ont garçon et fille et ne peuvent ainsi donc se raccrocher à rien.

Les Mesdames, nous en avons tant.


Alors que dire de ce petit Monsieur ?
 Il vous est épargné mes chéris dans ce Monsieur, le statut social, l’apparence, la réussite ou l’échec d’une vie amoureuse, un jugement esthétique.
Vous n’entendrez jamais la phrase : « c’est votre nom de jeune homme ? ».

Et puis j’en suis bien certaine, le premier Monsieur, quand vous portez votre premier costume, clefs de voiture, bombe de mousse à raser, ticket d’achat de gros ordinateur, diplôme, billet de finale de coupe du monde, boite de préservatifs, enfin tous ces trucs d’homme, de vrai, de pur, vous l’appréciez non ?


Nous avons, nous le Mademoiselle, Madame, et là il n’y a pas de compétition possible.

Alors Jean Luc ? J’en fais un sketch moi ? Ben non et pourtant qu’est ce que j’aimerais !!!

Et là un affreux doute me prend, il parlait du vous ou du vous Monsieur ?
Je ne me souviens plus très bien, pardon donc à l’auteur s’il n’évoquait pas ce Monsieur, ça n’enlève rien aux Mademoiselle, Madame, objet de cet article.
Pas ma faute, ma tête etc etc toutes ces excuses de cancéreuse dont je me sers de façon éhontée parfois pour faire passer une bévue, autant que ça serve….

N’omettez pas les deux informations capitales de cet article, mon amitié facebookienne avec Lemoine n’est pas virtuelle (et voilà,  la petite danse de frimeuse) et surtout, surtout, foncez le voir où qu’il soit parce qu’il est bourré de talents, si drôle, brillant et cet avis n’a rien à voir avec la petite danse, ni même le non gain de 50 000 euros, il est en plus objectif parce que parfois, je sais l’être, moi Monsieur.








Princesse Minnie

Dans la série, Valérie expérimente de nouveaux territoires, je vous ai servi le marketing opérationnel, l’import de gadgets asiatiques, le cancer, la livraison à domicile, je pense qu’il est l’heure vous raconter mon incursion dans la noblesse.

Je me dois de rester précise, n’oubliez pas que je n’invente rien, que je n’ai aucune imagination mais une excellente mémoire.








Donc, la vieille noblesse française, parisienne, traditionnelle, pas une noblesse d’empire faite de barons, et encore moins la vieille noblesse provinciale, attachée à ses ruines. Encore une niche donc, à se demander pourquoi je croise tant de niches….

Plusieurs préambules pour ma défense, parce que croyez-moi il va en falloir.

J’ignorais que cet homme, pour ceux qui me lisent c’est celui du Ma Dame, était noble.
J’ignorais d’ailleurs qu’ils existaient encore des nobles, j’ai eu certes un bac scientifique mais un professeur d’histoire entêté  avait réussi à m’appendre une histoire de révolution et de république.
J’ignorais tout des codes, mais pensais avoir quelques bases de bonne éducation.

Et enfin, mon lourd passé de danseuse classique, fait que je me tiens bien droite, le menton levé, les épaules dégagées, avec un port de tête légèrement altier,  le ventre rentré, les pieds discrètement croisés, non par choix, mais par réflexe, craignant toujours la baguette de mon vieux professeur à l’affut du moindre relâchement (assorti du : on dirait une éléphante).

Ce passé donc, m’a valu le surnom de « princesse » pendant mes années collèges, lycée, fac. Et ce n’était pas un compliment…


Lorsque un garçon, de seconde, celui qui est le garçon, il y en a toujours un, le garçon qui change ta semaine lorsqu’il te parle, ton trimestre lorsqu’il s’assied à côté de toi en physique chimie (deux heures, le plus long cours de la semaine) et ta vie lorsqu’il t’invite à sa boum, ce garçon, si il te lance « vlan la princesse au tableau », ce n’est pas un compliment.
Surtout s’il ajoute Minnie après princesse, parce que qui dit danse classique, dit en dehors.
En dehors, mais si vous savez, pieds en canard, le truc qui fait ressembler les danseuses classiques à l’albatros de Baudelaire. « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule! Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid! », en résumé si gracile sur scène, si ridicule dans les couloirs du lycée.

La princesse Minnie chez les nobles….
Princesse ne fut que mon surnom et je ne pus m’en prévaloir au titre d’une quelconque expérience, au titre tout court d’ailleurs.

Quelques détails auraient dû m’alarmer.

Le nom, déjà, et la présence du « de ». Le « de » qui change tout. Mon nom de jeune fille est formé d’un Le. Majuscule au Le, minuscule au de. On dit Monsieur de Villepin ou Villepin, Madame Le Guilloux. ou Le Guilloux. Ce n’est pas un hasard, c’est un code.

Le patronyme donc : de Machin, de Bidule, de Truc, de Chose (anonymat respecté) méfiez vous, ne faites pas comme moi, ce n’est pas un exercice de mémoire, un attachement aux grands parents de chaque branche, c’est un autre code.



La première incursion, le dîner…

Je ne vous raconterai que cette expérience, elle débuta et résuma mon parcours chez la vieille noblesse française parisienne.

Tout simple, un petit dîner impromptu, une sorte d’intronisation sans cérémonie puisque le Monsieur, fils de, est accompagné d’une Madame sans particule.

Sont présents :
Le fameux amoureux de Ma Dame (de moi-même donc) et il fallait qu’il le soit au moins ce soir là pour oser une telle entorse à la bienséance (ma présence).

Le comte, le père, désespéré, je l’ignorais, je pensais que cette lippe dégoutée était son expression naturelle, elle collait si bien à ses bas joues, et à son regard méprisant.
Le comte qui savait que son fils aîné, le fameux de plus haut, hériterait du titre, et comptait bien m’en écarter (du titre et de l’aîné).
Alors que franchement, il était évident que son fils cadet ne serait pas ni militaire, ni prêtre, comme inscrit dans leur code, comme quoi il existe des principes aléatoires, des codes dérogeables.

Mes fils, ou comment je suis passée de roturière à panier garni. Encore un joli mot pour expliquer que l’infortuné nobliau, avait rencontré une dame encombré de marmots.

Une vraie descendante. Le rêve du comte, pas celui de Perrault, je commets quelques fautes d’orthographe mais pas toujours.
Une vraie descendante de bonne famille, avec un nom à faire rêver un Bourbon, célibataire de 30 ans, mais hélas pour elle, dépourvue du physique qui fait rêver un garçon célibataire de 30 ans.
La vie est mal faite, sale distribution des rôles, elle avait ce qui me manquait et réciproquement. 
Elle prognathe, nantie d’un bassin autorisant à vue d’œil la naissance de macrosomes par voie basse, affublée du serre tête en velours, de bijoux de famille (des vrais), de légères rougeurs faciales liées sans doute à des vapeurs virginales tardives.
Ses phrases commençaient par « dans le château de Mère » « dans le vignoble de Père »,  ou lors de l’ouverture de la chasse (à courre bien sur). Immédiatement est née entre nous une amitié faite de respect mutuel, de connivence, de tendresse.

Et quatre autres, du même ordre, dont un n’était pas noble mais fort heureusement très très fortuné et avait eu le bon goût ayant perdu sa mère très jeune, d’avoir été éduqué dans une pension catholique privée. Privée de beaucoup de choses j’en conclus, mais qui lui avait laissé un balai profondément enfoncé quelque part et un comportement psycho rigide s’expliquant par là même.


Passage à table.
Sans le « A table ! » que je braille parfois parce que les éléments de mon panier garni ne m’entendent pas, ni celui festif et joyeux des soirées entre amis.
Passage à table, première épreuve.
Où m’assoir ?
Futée et embarrassée, j’attendis, je fis bien. Restait une chaise libre, la mienne. A gauche du maître de maison. A droite c’est l’élément important du dîner (la bécasse), à gauche la femme la plus vieille de la table, moi.

J’ai tant appris sur le placement de table par la suite que je me réjouis régulièrement de ne jamais recevoir d’évêque, de jeunes mariés de moins d’un an, d’élu de la république ou de veuve titrée pour la même circonstance. Alors que séparément, bien sur….

Assise. Pas mes coudes sur la table, bien droite comme la princesse Minnie, je me tais.
Pas par choix, vous me connaissez, mais je ne peux trouver matière à entrer dans le sujet.

Arrivée du premier plat, apporté par Mademoiselle. Lysianne, la bonne.

Du caviar, avec comme il se doit des œufs brouillés. J’avais 34 ans et n’avais jamais mangé de caviar. Ben oui, ça arrive, j’en ai encore honte aujourd’hui…
Je me sers, pourquoi moi en premier ? ¨Parce que je suis la plus vieille, andouille.

Avec quoi je mange ça ? Fourchette ? Cuillère ?

Un vrai grand moment de solitude. La grande question !
J’attends, et là effroi, après de longues minutes de silence affligé, de regards appuyés, je finis par comprendre que personne ne touchera ses œufs avant moi, à gauche, la plus vieille, c’est moi qui commence.
J’attends, me disant qu’un affamé va se saisir de la fourchette ou de la cuillère pour me donner une indication, si ce n’est pas charité chrétienne au moins par réflexe. Que nenni.

Alors, en toute honnêteté, j’ai du avoir la chance du débutant, j’ai pris le bon ustensile, parce que si la reine d’Angleterre selon la légende bien connue a bu son rince doigts pour ne pas embarrasser son invité étranger, eux ne m’auraient pas suivie dans mon erreur.

Le caviar c’est bon, mais bon de là à discourir sur le Béluga, l’Ossetra ou l’Alverta….


Le reste du dîner me permit de perfectionner mon apprentissage, j’apprends vite il faut le dire.

Une femme ne sert pas le vin, mais peut en boire (trop si c’est la bécasse).
Une femme ne relève pas les erreurs culturelles d’un homme (Si Orsenna a écrit quelques discours de Mitterrand).
Une femme ne se lève pas pour aider Mademoiselle (réflexe débile de fille qui n’a pas grandi avec des gens pour faire ça).
Une femme qui répond ne pas pratiquer le golf, monter (à cheval) être classée (au tennis) ou inscrite (à une régate) mais qu’élever des jumeaux seules est tout de même un sport n’est pas follement drôle.

Une femme, la vieille de la table, se doit de fatiguer la salade.
Fatiguée la salade ? Elle aussi ? Non, on dit fatiguer pour mélanger. Ha ! Uniquement pour la salade, pas pour le café et le sucre, dire « ho comme je fatigue mon café et mon sucre » n’a aucun sens.

Un panier garni peut se réjouir d’entendre la phrase suivante : « au moins ils sont très attachants et semblent avoir de bonnes manières » au sujet des ses fils de 5 ans, et ne doit pas s’en agacer, surtout pas. Dommage….

Répondre : « Rien, ils sont morts » à la question que font vos parents ma chère ? ne vous évitera pas d’avoir à expliquer que votre père vendait des bicyclettes, et que votre mère avait débuté dans la vie professionnelle à 14 ans comme Mademoiselle.

Si Pierre se réjouissait d’entendre « l’aîné est si calme », Paul trouvait que « le puiné est plus remuant » était moyen moyen hein maman je suis pas puits du nez, non mon cœur….
Que le même Paul d’ailleurs contredise le comte sur son « ce chien est hystérique » en précisant, « ben non Monsieur de truc de machin, de chose etc etc, maman elle dit qu’hystérique ça vient d’utérus, si c’est un chien il n’en a pas lui d’utérus » n’augure pas d’une belle et douce fin de soirée.
Parce que oui mon fils a dit ça, oui je suis le genre de mère sage femme qui parle d’utérus avec ses fils, et oui un brusque gonflement des bas joues, est signe d’un noble affront.

Ne pas avoir vu le Pape, (juste une vierge en 3 D ce soir là) (c’est idiot mais ça m’amuse), ne pas avoir de confesseur, (rien à voir avec un psy), ne pas avoir sa chaise à l’église du village de la propriété familiale de province (la propriété est provinciale, surtout pas la famille) est déjà très handicapant.
Mais déclarer être favorable à l’avortement forte de quelques tristes histoires sociales croisées lors de mon exercice, choquée par les déclarations du tremblant de Rome sur l’usage du préservatif, tout en tentant d’expliquer que l’on est charitable et respectable est vain.

S’étonner que l’on puisse encore avoir envie d’apprendre à danser le menuet, que l’on parte chasser avec une lavallière, des boutons de manchettes et un feutre, qu’en sabrant le champagne on s’écrie vive le roi, et que l'on passe chaque dimanche 4 heures à table à s’emmerder autant, est vain.

Alors leur dire que j’ai dans le cœur la noblesse qu’ils se vantent d’avoir dans le nom et le sang ne servit à rien.

Tenter de prouver que démocratie, égalité, sont de plus jolis mots que caste et privilèges de famille ne servit à rien.

Leur faire remarquer qu’ils n’avaient pas le monopole de la culture et de la bonne éducation, ne servit à rien.

Croire que 7 années de patience allaient changer la volonté première du comte, ne servit pas plus.
Le fils aîné, déchiré entre son respect filial et son amour pour moi, me quitta.
En réalité, il en a trouvé une plus jeune, sans enfant, avec moins de répartie, plus convenable donc.
N’imaginez pas un drame d’amours contrariées, Disney tu nous as bien appris, il m’a trompée deux ans et quittée comme une vieille chaussette trouée. C’est moins joli mais prouve la noblesse du Monsieur.

Donc en résumé, si vous souhaitez enrichir votre vocabulaire, boire de très bons vins dans du joli Crystal, comprendre enfin la différence entre le Béluga et l’Alverta, monter à cheval, être servis par une Mademoiselle et vérifier les effets de la consanguinité, faites comme moi, entrez dans la niche au blason.
Mais si vous préférez d’autres valeurs, ce dont je ne doute pas, évitez la niche, ça pue un peu, des siècles que personne n’y passe  le Karcher…

Princesse je suis restée, Minnie, reine dans mon royaume de roturiers au cœur noble.


La sécu m'a tuer

Je me répète très souvent, la chance qui est la mienne, d’être dans un pays où existe cette merveilleuse institution qui permet l’accès aux soins, aux remboursements, oui je me répète souvent qu’ailleurs ce serait bien pire.
A travers deux petites histoires, je vais vous donner quelques conseils pour communiquer avec la caisse primaire d’assurance maladie de votre département.




Autrefois, comme dans les contes de fées, j’étais comme vous, détentrice d’une carte verte, dite vitale. J’envoyais de rares feuilles de remboursements, liées au rhume d’un des deux jumeaux ou à ma visite contrôle technique gynécologique, me souciant à peine du dit remboursement, mon chargé de clientèle pouvant témoigner du peu d’aptitude dont je fais preuve pour suivre mes comptes, mon compte à vrai dire.

Carte vitale, c’est lorsqu’une pathologie réelle surgit que le mot vitale prend tout son sens. Là, pour le coup, le brieff a été bien fait, quand des communicants se sont réunis pour trouver un nom à cette carte, ils ne se sont pas trompés. Vitale. Ne la perds pas. Elle est bien plus utile que la carte bleue, qui est parfois dorée, que le carte Séphora qui est noire, la Marionnaud qui est blanche. Vitale, tu la perds ou pire encore, la puce est désactivée et là c’est toi qui devient toute verte, crois moi.
Donc pathologie grave, ouverture de ce qui s’appelle ALD. A nouveau joli job des communicants, affection longue durée, pour le cas où tu croirais que ton cancer allait passer en 6 mois. Lorsque j’ai reçu ma notification ALD, elle était valable jusqu’en 2018. Etant optimiste, j’ai préféré penser que je serai à leur avis donc, encore présente en 2018, les pensant spécialistes en maladies graves, ça m’a rassurée.

Ouverture des droits de remboursement à 100%, en résumé tout ce qui concerne la dite pathologie n’est pas payant. Un peu comme un passe VIP, ta carte vitale c’est l’accès gratuit aux examens les plus chers de notre pays civilisé, les scanners, IRM, scintigraphies, histologie, biopsie, consultations de spécialistes à l’air grave et préoccupé et autres examens à plus de 500 euros.
Le principe est simple, diagnostic, hop déclaration c’est grave, hop on prévient la cpam, ALD.
Sauf que le diagnostic est établi après la cohorte sus citée, pas grave dit la cpam, le remboursement est rétroactif. Comme c’est bien fait dis donc !

Il est vrai qu’à ce moment là, c’est rassurant de se dire qu’on n’aura pas en plus de soucis administratifs, c’est à ce moment là cependant que parmi tes meilleurs amis apparait : la photocopieuse. Le principe, rien ne part plus vers la cpam sans garder chez soi une photocopie. J’ai compté, j’aurais du en acheter une, le retour sur investissement aurait été intéressant.
Envoi de la déclaration d’ALD en février 2008, ci-dessous, copie du courrier envoyé en juillet de la même année, après moult échanges de courriers, appels et tentatives….


« Madame, Monsieur, le technicien chargé de mon dossier.

Pour suivre votre troisième courrier en référence à ma réclamation du 11 juillet dernier, vous trouverez ci joint un deuxième jeu de photocopies des relevés correspondants à ma réclamation.
Par chance ma sixième séance de chimiothérapie me laisse un peu de répit et mon troisième passage au bloc opératoire en quatre mois,  ce dernier vendredi, n’a pas été suivi de trop d’effets. J’ai ainsi pu, pour la deuxième fois en trois semaines, relancer l’impression des relevés. Il est vrai que de travailler, d’élever seule mes enfants et de suivre un traitement contre le cancer, me laisse tout le loisir de vous adresser des courriers à l’identique.
Je tiens à ce que vous sachiez qu’un autre jeu de photocopies est prêt à vous parvenir dans le cas où à nouveau, cet envoi vous semblerait incomplet.
J’ai également noté, comme il me l’a  été très aimablement et de façon si compatissante, vivement conseillé, de ne plus déranger vos services au téléphone pour suivre ma demande. En effet, il m’a été annoncé, j’insiste sur la chaleur humaine de cette personne, ho combien réconfortante dans les moments pénibles que je traverse, qu’appeler régulièrement ne servait à rien, que ce dossier serait probablement traité en octobre. Je suis très heureuse de savoir qu’il y a à la sécurité sociale, des personnes assez fortes moralement pour envoyer se faire voir de la sorte des malades en mal de remboursement. Savoir que la proximité de la maladie, si bénigne soit elle je vous le concède, ne rende pas plus humain, est la preuve qu’il est possible d’exercer de façon mécanique un métier tourné en principe vers l’humain.
Heureusement il doit y avoir parmi les cas de cancers, des personnes moins énergiques que moi, plus affaiblies physiquement et moralement qui, elles, ne dérangent pas. Il y a peut être même des malades qui n’ont pas la maîtrise de notre jolie langue et qui restent décontenancés par vos courriers. D’autres meurent de leur pathologie.
Je me permets donc de vous demander de transmettre mes plates excuses à toutes ces personnes que mes appels ont dérangées, alors que je tentais d’expliquer qu’après avoir attendu 4 mois ma prise en charge à 100%, le remboursement rétro actif devenait important pour moi. Non que j’aie des principes sur la valeur d’une promesse, je suis bassement matérialiste, mon banquier peut si vous le souhaiter témoigner de l’interdiction qui me guette.

Vous souhaitant bonne réception de ces éléments et ne doutant pas que ce courrier me fera passer une énième fois pour une emmerdeuse au mieux, une hystérique au pire auprès des techniciens en charge de mon dossier, je vous souhaite de rester en bonne santé, de ne pas manquer d’argent et de bonnes vacances si vous en prenez. »


Voilà exactement le genre de courrier que vous ne devez pas envoyer. En premier lieu parce qu’il n’eut aucun effet, mon ALD est bien arrivée en octobre, et jamais je ne fus remboursée de façon rétro active. Par contre l’interdit bancaire, lui est bien arrivé. Les établissements bancaires sont plus réactifs que les techniciens en charge de mon dossier à la cpam.
Parce que oui, j’ai bien craqué, j’ai renoncé, cessé les photocopies, envoi en recommandé, j’ai baissé les bras face au combat, je ne suis qu’une lâche…


Ceci était le premier exemple.

Le deuxième, où comment vous verrez comme je sais m’adapter et combien je suis devenue spécialiste en communication avec les techniciens conseils en charge de mon dossier.

Le principe, j’ai mon ALD, (petite danse de frimeuse), et depuis septembre dernier je travaille à mi temps thérapeutique.
En clair, je ne travaille que la moitié du temps prévu par mon contrat de travail, le médecin du travail (un jour promis je vous en parlerai, un poème) est d’accord avec mon oncologue, la moitié c’est bien assez puisque je refuse de m’arrêter complètement. Il faut savoir que j’aime mon métier, que j’aime travailler et que m’empêcher de le faire c’est me punir, j’ai tout de même dû insister un peu pour qu’on me laisse faire, c’est passé.Ouf, je coûterai donc moins cher à l'éta, après tout.
Septembre donc, mon employeur se faisant rembourser la demie part de mon salaire directement par la cpam. C’est bien fait dis donc ! Merci mon pass VIP !

Hé ben non….
Mon employeur me paye mais la cpam ne le rembourse pas. Il est vrai que la profession médicale de Sage Femme, diplômée d’état après 5 ans d’études, avec les responsabilités de quelques vies humaines est si rémunératrice que les sommes engagées sont indécentes.
Un autre article vous expliquera ce qu’est une vocation, ou comment passer des nuits blanches à se faire recouvrir de liquides humains de diverses origines pendant que le gynécologue dort, ainsi que le pédiatre, et qu’au mieux tout se passe bien, au pire vous êtes satisfaite de savoir dans le désordre intuber, suturer, dégager, manœuvrer, pour moins de 25OO euros par mois.

Après quatre jours de tentatives d’appels à la cpam de mon département, quatre jours de :
« votre attente est estimée à 18 minutes » mensongère.
« nos services sont indisponibles » vrai
« nous allons traiter votre appel » quand ?

J’obtiens en ligne une vraie personne, après les touches étoiles, 75, 2, 1 re étoile et 7 minutes d’attente annoncées qui en furent 13 en réalité.
Ci-dessous résumé de notre conversation.

Bonjour Madame, excusez moi de vous déranger, je vous souhaite une belle année, je vous explique mon problème.
Là j’explique.
Je donne mon numéro de sécu, trop facile, je le connais pas cœur pensez bien.
Petit ait gêné de la personne de l’autre côté du téléphone. Petit toussotement, temps de latence.
Réponse : Madame Le Guilloux, nous n’avons plus de trace de vous depuis votre hospitalisation de février 2010.
Moi, surprise, je n’ai pas été hospitalisée !
Si si dit la voix.
Moi, idiote, mais non j’étais à la clinique, pour des accouchements. Idiote !
Ce fut long de lui expliquer que ce n’étaient pas mes accouchements mais des accouchements que je pratiquais. La voix fut rassurée de savoir qu’en plus de mon ALD, je ne rajoutais pas les grossesses au cancer.
Mais la voix était  toujours gênée.
Et là je comprends !
Pour le technicien conseil en charge de mon dossier à la cpam de mon département, n’ayant plus de traces de moi depuis une hospitalisation en février, c’est donc…. C’est donc que je suis décédée. Logique imparable de l’administration qui lui fait répondre à mon employeur, ignorant mon décès administratif, le crétin, que les remboursements de mon salaire ne pouvaient avoir lieu.
C’est normal.
Forte de mes expériences passées, de mon Master en communication cpam, je reste calme, et déclare à la voix que non je ne suis pas décédée, que je lui téléphone de mon salon, avant une garde chez mon vrai employeur demain, et que promis malgré Darty (pas pu m’en empêcher) (cf articles précédent) je ne suis pas en direct de l’au-delà.
Voix rassurée, mais problème toujours présent.
Je passe le moment où je commis quelques graves erreurs de débutant, citant Oncologue, « un quoi ?? » pardon Madame, un cancérologue et demandant alors qui s’attribuait  le bénéfice de mes chimiothérapie, et si là n’était pas la raison de ma non guérison ? Je me rattrapais bien vite en m’excusant.

Il m’est donc demander d’expliquer tout ça par courrier, mon non décès (j’écris donc je suis), ma non hospitalisation (déclaration sur l’honneur), copie des avis de mi temps thérapeutiques (quatrième jeu de copie que me fait la secrétaire de mon oncologue), le tout en recommandé.

J’ai tout bien écrit, tout bien photocopié, et je ne manquerai pas de vous faire savoir combien de temps il faudra à la cpam pour comprendre que je suis comme la puce de ma carte vitale, active.

En résumé donc :
Je pense très sérieusement que les techniciens (bla ba bla) ont des consignes pour faire traîner les choses et tenter de combler un peu de la sorte le déficit légendaire de ladite institution.
Je sais que la sécu sous traite à des plateformes téléphoniques moins chères les appels, moins de fonctionnaires, économies de l’état.
J’ai compris que lorsqu’on est malade, il ne faut surtout pas être teigneux, mordant, ironique, il faut apprendre à valoriser le technicien en étant obséquieux, larmoyant, et si possible reconnaissant face à son incompétence et à son peu d’implication.


A Marrakech, ville dans laquelle j’ai tant aimé résider, il existe le noble métier d’écrivain public. Je suis à votre disposition pour tout besoin de correspondance administrative, j’ai trois ans d’expériences, des résultats à l’appui et un peu de temps libre…
Dernière chose, méfiez vous mères de famille, la caisse d’allocations familiales ne m’a pas tuée, elle, mais un technicien (bla bla bla) m’a déclaré les yeux dans les yeux que si je ne percevais plus d’allocations c’est que j’avais déménagé, là il me donna ma nouvelle adresse, et ne fut même pas surpris d’apprendre que ben non, je n’avais pas déménagé.

Oui, vraiment nous avons de la chance de vivre dans un pays où l'accès aux soins est si facile, il faut se le répéter.

La distribution des rôles

Certains vont penser que je râle encore, que je m’agace un peu pour rien, mais puisque personne ne soulève le problème, il va bien falloir que je m’y attache.
Parce que très franchement, je suis convaincue qu’au moins une fois ça vous a traversé l’esprit.

Qui distribue les rôles ?
Qui ?
Qui est le responsable de ce casting tout nul ?

Même dans « Plus belle la vie » le partage est mieux établi.
Dans « Plus belle la vie » on sait tout de suite, dès l’apparition d’un nouveau personnage, ce qu’il va être. Ephémère ou récurrent, victime d’une mort atroce ou d’agressions diverses, le fils caché de celui qui est prêtre mais qui avant était dealer drogué et séropositif, on sait tout de suite, c’est cohérent.
Mais dans nos vies ?
Parfois c’est mal fait, c’est n’importe quoi, ça ne tient pas compte de nos compétences, de nos aptitudes, de notre physique même, ne dit on pas le physique de l’emploi ?, et encore moins de nos gouts, désirs et volonté.

Je dis bien parfois, parce que d’autres fois c’est bien fait, c’est peut être Besnehard qui a distribué les rôles, Jean Luc Moreau réalisé la mise en scène, Roger Harth les costumes  et Donald Cardwell les décors (ou l’inverse de toutes façons seuls nés avant 1975 vont comprendre…). C’est bien fait, ça coule tout seul, rien à dire.
Mais alors, d’autres fois…

Quelques exemples.

Un homme qui a tout, tout ce qui devrait  aider à rendre heureux pour le commun.
Toute sa famille est en bonne santé, lui aussi. Il est physiquement agréable, ça dépend des gouts féminins d’accord mais grand, brun, musclé, grandes mains, allure chic, forment une bonne base.
Il a visité chaque continent, possède un appartement vue sur Notre Dame, haussmannien, rénové par architecte d’intérieur, maison de campagne avec écuries (et qui dit écuries dit donc chevaux), piscine couverte, voilier, voitures de cylindrées et marques qui font rêver les garçons de tout âge. Il réalise ses rêves d’enfants, piloter des avions, des hélicoptères, il boit les meilleurs vins dans des verres en cristal de bohème etc etc…
Il est heureux ? Non ! Il ne l’est pas, parce qu’il ne sait pas l’être. N’est ce pas du gaspillage ?
Vous y croiriez vous dans un roman ? Vous lui donnez le rôle du veinard ?


Un autre exemple.
Encore un homme. Il est atteint depuis des années d’une pathologie bien pénible qui lui a couté une jambe. Et comme ça ne suffisait pas, il en a attrapé une autre, pour tenter de lui flinguer un organe vital.
 Il travaille souvent comme un forçat, un forçat assis d’accord mais durement. Il a des soucis d’argent, il vit en Bretagne (j’en frissonne, le pauvre), il a des tas d’ennuis, petits, gros, une voiture pourrie qui vient de le lâcher, il est presque chauve, ne possède pas de maison à lui puisque maladie longue durée et prêt bancaire, je ne vous refais pas l’adage, vous connaissez.
Il est heureux ? Oui ! Parce qu’il sait l’être. N’est pas ce pas un sous emploi ?
Ça vous convaincrait vous dans un film ? Vous lui donnez le rôle d’Alexandre le bien heureux ?

Une fille maintenant :
Moins de trente ans, mince, blonde, un  métier passionnant dans lequel il n’y aura jamais de chômage (allez accoucher sans nous Mesdames, pour voir…). Elle va se marier dans quelques semaines, a acheté un appartement, une voiture qui démarre au quart de tour, le rêve pour moi, sa famille va bien, ses parents l’adorent. Et elle se réfugie souvent dans la maison héritée sur les hauteurs de Porquerolles.
Récemment, elle me faisait part de son plus gros souci de la semaine, avoir cassé un de ses ongles en dégivrant le pare brise de sa voiture.
Elle est heureuse ? Non, jamais, elle ne cesse de geindre. Est-ce crédible ?
Dans une série américaine de filles, vous vous y attachez vous ? Vous lui donnez le rôle de Carrie Bradshaw ?


Une autre fille :
Elle a des fins de mois de plus en plus difficiles et précoces, elle récidive d’un cancer bien pénible, elle ne peut plus danser comme elle aimait, manger ce qu’elle veut et boire le martini de ses rêves. Elle a un travail physiquement un peu éprouvant (il n’y a pas que vous Mesdames qui vous fatiguez, figurez vous lors de vos accouchements), elle est célibataire, orpheline, a  un dégât des eaux dans sa cuisine. Elle est harcelée par le trésor public, un ex mari escroc, un père alcoolique et dépressif qui cherche encore à lui nuire.
Elle est heureuse ? Oui, vraiment, c’est la plus heureuse !
Dans une chanson de Raphaël, vous la voyez dans « la petite misère » ? C’est une tragédienne ?

Alors je sais exactement ce que vous allez me répondre, je vous voir venir :
Nous sommes maîtres de nos vies, le destin n’existe pas, l’aptitude au bonheur est à puiser en soi etc etc.
Ne me faites pas la réplique de ses touristes qui rentrent d’Afrique ou d’Inde en disant : « c’est dingue, ces gens qui n’ont rien et qui nous donneraient tout ! (sic) » ou encore « ils sont sales, crottés, en guenilles mais si souriants ces enfants des rues ».
Je ne suis pas sotte, je sais tout ça.
Je sais qu’il faut travailler sur soi, que le bonheur n’est pas forcément lié au scénario, qu’il faut le comprendre, se connaître patin couffin.
Je sais.
Mais quand même.
Ça ne vous arrive jamais à vous de dire à voix haute : « Ce n’est pas pour moi, ça ne ressemble pas à ma vie ça, je suis nulle dans ce rôle, filez moi un texte qui convienne à mon genre vous verrez comme je vais être époustouflante »
Quand même.
Il n’y a personne qui ne remarque les contre emplois ? Personne qui ne remarque la résistance des bons acteurs dans les mauvais rôles ?

Donc :
Puisque pour rappel, je ne suis pas si sotte, que j’ai mis quelques dizaines d’années à réaliser quelles étaient mes qualités, dans quoi j’étais la plus douée, heureuse. Autant de dizaines à balancer les poids qui m’encombraient pour réaliser tout ça et être dans ce que j’estime être mon rôle, celui d’une femme heureuse, joyeuse, qui ne peut s’empêcher de rire de tout et de tenter de tout faire joli, bref tout sauf une tragédienne malgré une vie parfois tragique, je vais vous confier un secret.

A chaque naissance, je prends le bébé contre moi, je lui parle un peu pour qu’il arrête d’hurler (le froid, le choc, la tête de ses parents parfois, la mienne aussi peut être) je le calme donc et je lui dis tout bas à l’oreille : « je te donne le rôle d’un être heureux » et cette autre que j’aime bien qui est la phrase principe de base de mon éducation : « deviens qui tu es ».

C’est toujours ça de fait. Non mais !